Voilà un petit compte rendu de ce qui se passe actuellement en Estonie ….
En plein cœur de la capitale estonienne, dans le square de Tõnismägi, se situe un monument. Ce monument, appelé « monument des libérateurs de Tallinn » , ou plus communément « soldat de bronze », fut érigé en 1947 en souvenir des soldats de l’Armée Rouge tombés au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Le 9 mai de chaque année, des vétérans de l’Armée Rouge se retrouvent devant la statue qui abriterait les restes de soldats soviétiques, en hommage à la Résistance au nazisme et à ses victimes. Le 22 septembre 2005, suite aux incidents de Lihula, les vétérans de l’Armée Rouge se rassemblent pour commémorer la libération de Tallinn en 1944. Le parti Russi Unie de Vladimir Poutine, pour l’occasion, a envoyé une délégation, de Saint Petersbourg à Tallinn, portant une flamme symbolique de la Liberté. A la frontière, la flamme est éteinte, mais c’est là le seul incident majeur à relever pour cette journée. Le Premier Ministre estonien, Andrus Ansip, dénonce le geste comme « une tentative pour humilier le peuple estonien ». En effet, si l’Armée Rouge « libère » Tallinn du nazisme, il s’en suivra pour les Estoniens 70 ans d’une nouvelle occupation, communiste cette fois. Le 9 mai 2006, une centaine de russophones se réunissent, comme chaque année, devant le monument pour célébrer la fin de la Seconde guerre mondiale en déployant des drapeaux soviétiques. Une contre-manifestation, prévue plus tard dans la journée, prévoyait quant à elle de célébrer l’Estonie : drapeaux estoniens sont de sortie, et on peu lire ce slogan : « peuple estonien, n’oublie pas : ce soldat a occupé notre pays et a déporté notre peuple ». Néanmoins, les Estoniens ne purent accéder au monument car les russophones étaient encore présents, et les forces de l’ordre ont du intervenir. Après ces incidents, le monument fut gardé jour et nuit par la police pendant des mois, et le débat fut lancé, aussi bien dans la classe politique qu’au sein de la société estonienne, pour savoir s’il fallait déplacer la statue. Le 10 janvier 2007, le Rigiikogu adopte la loi sur les sépultures de guerre, qui autorise le gouvernement à procéder à des fouilles à l’endroit où se trouve ladite statue pour récupérer, si tel est le cas les dépouilles des soldats de l’Armée Rouge et les inhumer dans un cimetière, pour pouvoir ainsi démanteler ladite statue. Le lendemain, le président Thomas Hendrik Ilves promulgue « the War Graves Protection Act » , qui permet de changer la place de la statue sur la base de savoir si la location du monument contredit l’intérêt public. Cette décision est éminemment politique, provoquée par la controverse par le monument, qui cristallise le conflit entre les Estoniens et les Russes sur l’histoire de l’après seconde guerre mondiale : l’URSS, pouvoir libérateur ou occupant ? En février, le Rigiikogu a pris une résolution en vue de déplacer la statue, mais qui attend la promulgation du président. Le 13 février, le président, Thomas Hendrik Ilves, indique son insatisfaction quant à la loi proposée par le Rigiikogu, qui semble contredire la Loi Fondamentale Estonienne. Ilves a alors quatorze jours pour prendre sa décision. Cette décision est sa première décision majeure en tant que président de l’Estonie. Le 21 février, Ilves déclare la loi inconstitutionnelle et pose son veto , ce qui signifie le retour de la loi au Rigiikogu pour la faire amender. Les élections législatives ont fait office de référendum sur la question, car durant les débats les partis de la Réforme et Union pour la Patrie Res Publica s’étaient prononcés en faveur du retrait alors que le parti du Centre souhaitait le maintien de la statue. Vello Pettai, analyse le futur sort de la statue due à la nouvelle coalition : « they were clearly on removing If they are in power, we could see bulldozers moving in ». La suite des évènements donne raison à Vello Pettai, le Premier Ministre Andrus Ansip annonçant, le 22 mars, que les travux préparatoires pour démanteler la statue ont commencé, puisque la « commission on military graves set up by the defense ministry has made its recommendations, and now excavations of the mass grave beside the monument is ahead » . Les restes des soldats soviétiques seront transférés dans un autre endroit, après quoi le monument sera mis à la casse. Les réactions face à la situation en Estonie viennent de partout dans le monde, des voisins lituaniens dont le Président, Valdas Adamkus, n’hésite pas à dire que « the monument must be left where it is » . Le monde attend aussi les réactions du pays voisin, indirectement concerné, la Russie. Gorbatchev, ancien Premier Ministre du temps de l’URSS, estime que la décision prise par le Président Ilves de ne pas approuver la loi était la bonne, et que la question doit être résolue de façon « civilisée ». Pour lui, considérant les relations entre la Russie et l’Estonie, il considère que « Estonians are our close neighbours, we need each other, and we should endeavour best efforts to live like neighbours ». Cependant, il n’hésite pas à souligner les conséquences probables d’un éventuel transfert des restes des soldats de l’Armée Rouge du monument à la fosse commune, car selon lui la Russie devra répondre à cet acte ; « we cannot expose these graves, which are saints for us. We should re-bury them in Russia and in the principal way –along all the complex- to revisit our relations with Estonia » . L’ancien ambassadeur américain en Russie, interrogé sur la question, estime quant à lui que « Russia and Estonia should decide the future of the monument (…) by means of talks » . Reste à savoir si la Russie a son mot à dire sur la question.
Les derniers évènements enfin relayés dans notre presse française ont montré des émeutes dues au retrait de la statue du square, les deux communautés s’affrontant au coeur de la capitale. Le soldat vit désormais au cimetière de Tallinn, et dans le square les autorités ont déjà mis à jour les dépouilles d’une douzaine de soldats de l’Armée Rouge.
Désolée c’est un peu long, mais bonne lecture !
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